⚠️ Information importante
Cet article présente un aperçu des dispositifs réglementaires et des systèmes de certification en finance verte à titre informatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement personnalisé. Pour toute décision financière, consultez un conseiller en gestion de patrimoine agréé ou un professionnel habilité.
La finance verte promet de mobiliser les capitaux privés vers la transition écologique, mais comment distinguer les placements réellement durables des opérations de façade ? Entre multiplication des labels, complexité réglementaire et risque de greenwashing, les investisseurs manquent de repères fiables. La taxonomie européenne fixe un cadre commun de critères environnementaux, tandis que la certification accréditée garantit leur application effective par les opérateurs financiers. Ce système d’Infrastructure pour la Qualité transforme une promesse marketing en engagement vérifiable.
Contexte et enjeux de la finance verte en 2026
Avec la signature de l’Accord de Paris sur le climat en 2015, l’Union européenne a placé la durabilité environnementale au cœur de ses politiques. Le Green Deal, principale initiative climatique de l’UE, a fixé l’objectif de neutralité carbone à horizon 2050. La Commission européenne estime que l’Europe aura besoin d’environ 260 milliards d’euros d’investissements supplémentaires par an au cours de la décennie actuelle pour atteindre ses objectifs climatiques et énergétiques.
Les investissements publics ne suffiront pas. L’apport de capitaux privés constitue la clé de voûte d’un plan de transition écologique efficace. Les débats internationaux récents — bien au-delà de la COP26 de Glasgow en 2021 — se concentrent précisément sur ce partenariat public-privé nécessaire pour accompagner la transformation de l’économie mondiale vers la neutralité climatique.
Comment garantir qu’un investissement est réellement vert ?
Trois piliers complémentaires structurent cette garantie : la taxonomie européenne définit les critères environnementaux des activités économiques durables, les critères ESG encadrent l’évaluation des entreprises, et la certification accréditée vérifie la conformité effective des opérateurs financiers à ces référentiels internationaux.
Le marché de la finance durable connaît une croissance soutenue. Selon l’enquête annuelle 2024 de l’AFG sur l’investissement responsable en France, les encours des fonds d’investissement responsables atteignent 1 322 milliards d’euros à fin 2024, en hausse de 9,2 % par rapport à 2023. Les fonds labellisés représentent 815 milliards d’euros répartis sur plus de 1 200 fonds. Les obligations durables connaissent une progression spectaculaire : 221,5 milliards d’euros d’encours, soit une croissance de 48 % sur un an, dominées par les green bonds qui captent 72 % de ce marché.
Cette expansion rapide s’accompagne d’un enjeu critique : la transparence. Sans critères communs et vérifiables, le risque de greenwashing menace la confiance des épargnants et freine le déploiement des capitaux vers les secteurs réellement alignés avec les objectifs climatiques. Les investisseurs institutionnels comme les particuliers ont besoin de garanties indépendantes pour orienter leurs choix patrimoniaux vers des placements dont l’impact environnemental est mesurable et contrôlable. Prenons un exemple concret : un épargnant qui souhaite investir 10 000 euros dans un fonds vert doit aujourd’hui naviguer au sein du marché de la finance verte en pleine structuration réglementaire, entre des dizaines d’offres labellisées différemment, certaines alignées taxonomie à 30 %, d’autres à 65 %, sans toujours comprendre ce que ces chiffres recouvrent réellement.
La taxonomie européenne : définition et cadre réglementaire
Face au manque de définition commune de l’investissement durable, l’Union européenne a franchi une étape décisive. Le Règlement (UE) 2020/852, entré en vigueur le 12 juillet 2020, établit une classification harmonisée des activités économiques considérées comme durables sur le plan environnemental. Cette taxonomie européenne vise trois objectifs : réorienter les flux de capitaux vers des investissements durables, gérer les risques financiers induits par le changement climatique, et favoriser la transparence ainsi qu’une vision de long terme dans les décisions d’investissement.
Les 3 piliers de la taxonomie européenne à retenir avant d’investir :
- Une activité économique doit contribuer substantiellement à au moins un des 6 objectifs environnementaux définis par le Règlement 2020/852
- Elle ne doit causer aucun préjudice important aux 5 autres objectifs (principe DNSH : Do No Significant Harm)
- Elle doit respecter des garanties minimales sociales et de gouvernance, notamment en matière de droits humains et de corruption
Comme le Règlement (UE) 2020/852 le fixe, une activité économique est reconnue comme alignée à la taxonomie si elle remplit simultanément plusieurs conditions strictes. Elle doit contribuer substantiellement à au moins un des six objectifs environnementaux définis : atténuation du changement climatique, adaptation au changement climatique, utilisation durable et protection des ressources aquatiques et marines, transition vers une économie circulaire, prévention et réduction de la pollution, protection et restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

Le règlement impose également le respect du principe DNSH (Do No Significant Harm) : l’activité ne doit causer aucun préjudice important aux cinq autres objectifs environnementaux. Enfin, elle doit respecter des garanties minimales en matière sociale et de gouvernance, notamment les principes directeurs de l’OCDE et les droits fondamentaux du travail. Des actes délégués précisent les critères techniques d’évaluation secteur par secteur. Le Règlement délégué (UE) 2023/2486 du 27 juin 2023 a ainsi établi les critères pour les quatre objectifs environnementaux non climatiques. Concrètement, une centrale solaire photovoltaïque contribue à l’atténuation climatique (objectif 1), mais elle doit aussi démontrer qu’elle n’occupe pas de zones de biodiversité protégée (objectif 6) et qu’elle intègre un plan de recyclage des panneaux en fin de vie (objectif 4).
Cette classification réglementaire modifie le Règlement (UE) 2019/2088, également appelé SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation), qui encadre la publication d’informations en matière de durabilité par les acteurs financiers. Concrètement, les gérants de fonds doivent désormais indiquer quelle proportion de leurs investissements est alignée avec la taxonomie, rendant la comparaison entre produits financiers plus transparente.
Comment choisir un placement vert fiable ?
Face à la multiplication des offres et des labels, l’investisseur particulier ou institutionnel doit structurer sa démarche de vérification. La conformité à la taxonomie européenne constitue le premier filtre : un fonds aligné taxonomie finance des activités qui contribuent substantiellement à au moins un des six objectifs environnementaux sans nuire aux autres. Mais cette information réglementaire ne suffit pas. Il faut croiser plusieurs niveaux de garantie pour éviter les pièges du greenwashing.
La complexité du marché rend désormais indispensable une méthodologie rigoureuse de sélection pour l’épargnant. Alors que les fonds labellisés se multiplient, tous ne présentent pas le même degré d’alignement avec les objectifs climatiques. Pour transformer ces exigences techniques en décisions d’allocation concrètes, il est recommandé de s’appuyer sur des comparatifs indépendants. Consulter une sélection rigoureuse des meilleurs placements verts permet de filtrer les offres selon leur conformité taxonomique et leur performance extra-financière réelle. Ces analyses croisent la certification des processus de gestion avec l’impact environnemental effectif pour faciliter un arbitrage patrimonial éclairé.
Checklist de vérification pour analyser un placement vert
- Étape 1 : Vérifier la labellisation officielle
Le fonds dispose-t-il d’un label reconnu par les autorités ? En France, le label Greenfin (Ministère de la Transition écologique) garantit l’exclusion des énergies fossiles et nucléaires, tandis que le label ISR (Article 9 du SFDR) atteste d’une intégration avancée des critères ESG. Un fonds non labellisé n’est pas nécessairement non durable, mais il nécessite une analyse approfondie de sa documentation.
- Étape 2 : Consulter le reporting extra-financier
Le gestionnaire publie-t-il un rapport annuel détaillant la part d’actifs alignée avec la taxonomie européenne, les émissions de CO₂ évitées, l’empreinte carbone du portefeuille, et les indicateurs d’impact social ? Un reporting transparent inclut des données chiffrées secteur par secteur et une comparaison avec un indice de référence.
- Étape 3 : Identifier la stratégie ISR appliquée
Quelle combinaison de stratégies EUROSIF le fonds utilise-t-il ? Un fonds thématique 100 % énergies renouvelables présente un profil de risque différent d’un fonds best-in-class diversifié. La stratégie doit être cohérente avec vos objectifs patrimoniaux et votre tolérance au risque sectoriel.
- Étape 4 : Vérifier la certification accréditée du gestionnaire
Le gestionnaire de fonds dispose-t-il d’une certification ISO 14001 ou équivalente délivrée par un organisme accrédité (Cofrac en France) ? Cette certification atteste de la conformité de ses processus internes de management environnemental. Elle ne garantit pas la performance financière, mais elle valide la robustesse des procédures de sélection et de suivi des investissements.
- Étape 5 : Analyser les exclusions et controverses
Consultez la politique d’exclusion du fonds : quels secteurs et pratiques sont formellement interdits ? Vérifiez également si le gestionnaire a publié des engagements actionnariaux récents (votes en AG, dialogue avec des entreprises controversées). L’absence de controverses médiatisées sur le fonds ou son gestionnaire constitue un signal positif, mais ne dispense pas d’une analyse documentaire complète.
Imaginons le cas d’un cadre qui souhaite réorienter 50 000 euros de son assurance-vie vers un fonds vert. En appliquant cette grille, il identifie un fonds labellisé Greenfin, affichant 65 % d’actifs alignés taxonomie, publiant un reporting annuel détaillé avec empreinte carbone calculée, et géré par une société certifiée ISO 14001. Ce fonds applique une stratégie combinée : exclusion stricte des énergies fossiles, intégration ESG systématique, et actionnariat actif sur les questions climatiques. Le reporting montre que le portefeuille finance principalement la rénovation énergétique des bâtiments (32 % des actifs), les infrastructures de transport décarboné (28 %), et les énergies renouvelables (25 %). Cette transparence granulaire permet de vérifier la cohérence entre la promesse commerciale et la réalité des allocations.
La finance à impact, qui représente 85,5 milliards d’euros d’encours en France à fin 2024 selon l’AFG, illustre l’exigence croissante de traçabilité. Les fonds d’impact publient non seulement des indicateurs financiers, mais aussi des métriques d’impact social et environnemental : nombre de logements rénovés, tonnes de CO₂ évitées, emplois créés dans les territoires fragiles. Cette double matérialité — financière et extra-financière — répond à l’attente des investisseurs qui veulent mesurer concrètement la contribution de leur épargne à la transition écologique.
Les critères de durabilité des investissements verts
Au-delà de la taxonomie réglementaire, l’évaluation de la durabilité des investissements repose sur les critères ESG : Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance. Ces trois dimensions permettent d’analyser la performance globale d’une entreprise au-delà de ses résultats financiers traditionnels. Le volet environnemental examine l’empreinte carbone, la gestion des ressources naturelles, la politique de réduction des déchets et la protection de la biodiversité. Le volet social évalue les conditions de travail, le respect des droits humains, la diversité et l’inclusion. Le volet gouvernance scrute la transparence de la direction, la lutte contre la corruption, l’indépendance du conseil d’administration et la rémunération des dirigeants.
L’intégration des critères ESG dans les stratégies d’investissement s’articule directement avec la taxonomie européenne. Les six objectifs environnementaux définis par le Règlement 2020/852 fournissent un cadre quantitatif aux critères E (Environnementaux), tandis que les garanties minimales sociales renforcent les critères S et G. Le principe DNSH impose une analyse croisée : une activité qui contribue à l’atténuation du changement climatique ne doit pas, par exemple, porter atteinte aux ressources en eau ou aggraver la pollution de l’air.
Prenons une situation typique : un fonds d’investissement souhaite financer la construction d’un parc éolien en mer. L’activité contribue clairement à l’objectif d’atténuation climatique en produisant de l’électricité renouvelable. Mais pour être alignée avec la taxonomie, le projet doit également démontrer qu’il n’endommage pas la biodiversité marine (protection des fonds marins, des couloirs migratoires des oiseaux), qu’il gère correctement les déchets en fin de vie des éoliennes (économie circulaire), et qu’il respecte les normes sociales dans la chaîne d’approvisionnement des turbines (garanties minimales). Sans cette analyse multidimensionnelle, l’investissement ne peut prétendre au label « aligné taxonomie ».
Les secteurs économiques couverts par la taxonomie évoluent progressivement. Les premiers actes délégués ont ciblé l’énergie, le transport, le bâtiment, l’industrie manufacturière, la gestion de l’eau et des déchets. Les actes délégués de 2023 ont étendu le périmètre à l’agriculture, la sylviculture, et certaines activités de services. Cette montée en puissance sectorielle reflète l’ambition européenne de couvrir environ 80 % des émissions directes de gaz à effet de serre de l’UE d’ici 2030. Les entreprises cotées sont tenues de publier annuellement la part de leur chiffre d’affaires, de leurs investissements (CapEx) et de leurs dépenses opérationnelles (OpEx) alignée avec la taxonomie, offrant aux investisseurs une visibilité granulaire sur la trajectoire de décarbonation.
Le rôle de l’accréditation et de la certification
La taxonomie européenne définit le « quoi » — les critères de durabilité. Reste à garantir le « comment » : qui vérifie la conformité effective des acteurs financiers à ces critères ? C’est ici qu’intervient l’Infrastructure pour la Qualité, un système de normes internationales et de certification accréditée qui transforme des déclarations volontaires en garanties vérifiables. Ce mécanisme, bien connu des entreprises industrielles depuis des décennies, s’étend désormais au secteur financier pour répondre à l’exigence croissante de transparence.
Comme le Règlement (CE) 765/2008 sur l’accréditation le fixe, un organisme national d’accréditation évalue si un organisme de certification est compétent pour réaliser une activité spécifique d’évaluation de la conformité, puis délivre un certificat d’accréditation. Les organismes nationaux d’accréditation — en France, le Cofrac (Comité français d’accréditation) — contrôlent régulièrement les organismes certifiés. Ils peuvent restreindre, suspendre ou retirer le certificat si l’organisme n’est plus compétent ou s’il ne respecte pas les exigences d’impartialité et d’indépendance.

Le système repose sur une double garantie. D’une part, les organismes nationaux d’accréditation n’entrent pas en concurrence avec les organismes d’évaluation de la conformité ni entre eux, ce qui préserve leur impartialité. D’autre part, la Coopération européenne pour l’accréditation (EA) organise des évaluations par les pairs entre organismes nationaux, assurant une reconnaissance mutuelle à l’échelle de l’Union. Un certificat délivré par un organisme accrédité en France est ainsi reconnu dans l’ensemble des États membres. En pratique, lorsqu’une société de gestion française obtient la certification ISO 14001 par un organisme accrédité Cofrac, cette certification est automatiquement reconnue par les investisseurs allemands, italiens ou espagnols, grâce à la reconnaissance mutuelle européenne des accréditations.
Appliqué à la finance verte, ce mécanisme signifie qu’un fonds d’investissement peut faire certifier son respect de la taxonomie européenne ou des normes de conformité environnementale internationales (ISO 14001 pour le management environnemental, ISO 26000 pour la responsabilité sociétale) par un organisme certificateur lui-même accrédité. La certification devient alors un outil de transparence opposable : les investisseurs savent que la conformité a été vérifiée par un tiers indépendant soumis à des contrôles réguliers. Ce n’est plus une simple promesse marketing, mais un engagement contrôlable sanctionné par un cadre juridique européen.
Les normes ISO jouent un rôle structurant dans cet écosystème. ISO 14001 établit les exigences relatives à un système de management environnemental, permettant à une entreprise ou un gestionnaire de fonds de démontrer sa capacité à maîtriser les impacts environnementaux de ses activités. ISO 26000, bien que non certifiable au sens strict, fournit des lignes directrices pour intégrer la responsabilité sociétale dans les processus de décision. Ces référentiels volontaires, nés du consensus international, homogénéisent les pratiques et rendent les marchés plus lisibles. La certification accréditée de ces systèmes garantit leur mise en œuvre effective, répondant au besoin de confiance des épargnants comme des régulateurs.
Les stratégies d’investissement durable et responsable (ISR)
L’investissement socialement responsable (ISR) regroupe différentes approches de sélection et de gestion des portefeuilles intégrant des critères extra-financiers. EUROSIF, le forum européen de l’investissement durable et responsable, a formalisé sept stratégies distinctes qui structurent aujourd’hui le marché. Chaque stratégie répond à des objectifs et à des niveaux d’engagement différents, et peut être combinée avec d’autres pour affiner le positionnement d’un fonds.
Le récapitulatif ci-dessous compare les sept stratégies ISR selon leur mécanisme, leurs avantages et leurs limites. Cette grille de lecture permet d’identifier rapidement la logique sous-jacente à un produit financier labellisé.
| Stratégie | Mécanisme | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|
| Exclusion sectorielle | Retrait des secteurs controversés (armement, tabac, énergies fossiles) | Clarté du positionnement, alignement valeurs épargnants | Risque de réduction significative de l’univers investissable |
| Screening normatif | Vérification du respect des conventions ONU, OIT, OCDE | Référentiel objectif et universel | Complexité de vérification terrain dans certains pays |
| Actionnariat actif | Participation aux assemblées générales, campagnes de pression | Influence directe sur la gouvernance des entreprises | Requiert expertise juridique et moyens significatifs |
| Intégration ESG | Analyse croisée performance financière et extra-financière | Vision holistique du risque, détection opportunités long terme | Hétérogénéité des méthodologies ESG entre gérants |
| Best-in-class | Investissement dans les leaders ESG de chaque secteur | Maintien de la diversification sectorielle | Peut inclure des secteurs controversés si meilleurs élèves |
| Investissements thématiques | Ciblage énergies renouvelables, eau, santé, économie circulaire | Exposition directe aux secteurs de la transition | Risque de concentration sectorielle élevé |
| Investissement d’impact | Financement de projets à impact positif mesurable (rénovation énergétique, microfinance) | Impact concret et traçable, reporting détaillé | Liquidité parfois limitée, ticket d’entrée élevé |
L’enquête 2024 de l’AFG révèle que 81 % des sociétés de gestion françaises utilisent désormais des indicateurs climatiques couvrant 73 % de leurs encours, contre 62 % en 2023. Cette montée en puissance de l’intégration ESG traduit une professionnalisation du marché. Les gestionnaires combinent de plus en plus plusieurs stratégies : un fonds peut appliquer des exclusions sectorielles strictes (tabac, charbon), intégrer systématiquement les critères ESG dans l’analyse financière, et dialoguer activement avec les entreprises en portefeuille pour améliorer leurs pratiques. Cette approche multicouche renforce la crédibilité de l’engagement durable. Prenons le cas d’un investisseur institutionnel qui gère un portefeuille de 500 millions d’euros : il peut appliquer simultanément une exclusion stricte du charbon et du tabac, une approche best-in-class pour sélectionner les meilleurs élèves ESG de chaque secteur restant, et un engagement actionnarial actif en votant contre les résolutions anti-climatiques en assemblée générale.
Vos questions sur l’accréditation des investissements verts
Imaginons le cas d’un épargnant qui découvre qu’un fonds labellisé ISR détient encore des actions dans une entreprise pétrolière : est-ce contradictoire ? Pas nécessairement, si le fonds applique une stratégie best-in-class et que l’entreprise figure parmi les leaders de transition énergétique de son secteur. Cette apparente contradiction soulève des interrogations légitimes sur le fonctionnement concret de la labellisation et de la certification. Les questions récurrentes des investisseurs portent souvent sur les mécanismes de contrôle, les différences entre labels, et les garanties réelles offertes par chaque dispositif.
Quelle est la différence entre un label et une certification accréditée ?
Un label (comme Greenfin ou ISR) atteste qu’un fonds respecte un cahier des charges spécifique défini par un organisme public ou professionnel. Une certification accréditée vérifie qu’un organisme (gestionnaire de fonds, certificateur) respecte une norme internationale (ISO 14001, ISO 26000) selon une procédure contrôlée par un organisme national d’accréditation indépendant (Cofrac en France). La certification porte sur les processus et les systèmes de management, le label sur les caractéristiques du produit financier. Les deux sont complémentaires : un fonds labellisé géré par une société certifiée offre une double garantie.
Le label Greenfin garantit-il l’alignement avec la taxonomie européenne ?
Le label Greenfin, créé par le Ministère de la Transition écologique, impose des critères stricts d’exclusion (énergies fossiles, nucléaire) et exige que les investissements financent des activités vertes dans huit catégories (énergie, bâtiment, gestion des déchets, transport propre, etc.). Ces critères convergent largement avec la taxonomie européenne, mais ne sont pas strictement identiques. Un fonds Greenfin n’affiche pas nécessairement 100 % d’actifs alignés taxonomie, car les deux référentiels diffèrent sur certains périmètres (notamment le nucléaire, inclus dans la taxonomie sous conditions, exclu du Greenfin). Il est recommandé de consulter le reporting du fonds pour connaître sa part exacte d’actifs alignés taxonomie.
Qu’est-ce qu’un fonds Article 9 du SFDR ?
Le Règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation, Règlement UE 2019/2088) classe les fonds en trois catégories. Les fonds Article 9 ont pour objectif explicite un investissement durable : ils poursuivent un objectif environnemental ou social mesurable et publient des indicateurs d’impact détaillés. Les fonds Article 8 promeuvent des caractéristiques ESG mais sans engagement d’impact systématique. Les fonds Article 6 n’intègrent pas de critères ESG de manière significative. Un fonds Article 9 représente donc le niveau d’engagement le plus élevé en matière de durabilité au sens de la réglementation européenne. Cependant, l’AMF rappelle régulièrement que cette classification ne garantit pas l’absence de greenwashing : la vérification du reporting extra-financier reste indispensable.
La certification accréditée a-t-elle un coût répercuté sur les frais de gestion ?
Oui, la certification ISO d’un gestionnaire de fonds représente un coût (audit initial, audits de surveillance annuels, formation des équipes). Ce coût est généralement intégré dans les frais de gestion du fonds, au même titre que les frais de recherche ESG, d’audit financier ou de conformité réglementaire. Dans les faits, les études de marché montrent que les frais de gestion moyens des fonds ISR labellisés restent comparables à ceux des fonds traditionnels (entre 0,8 % et 1,5 % par an pour les fonds actions, selon les données AFG 2024). La certification représente un coût marginal par rapport aux économies d’échelle générées par la croissance rapide des encours responsables.
Où trouver les informations transparentes sur l’alignement taxonomie d’un fonds ?
Depuis 2022, les sociétés de gestion sont tenues de publier dans le prospectus et sur le site internet du fonds la part d’actifs alignée avec la taxonomie européenne. Cette information figure également dans le rapport annuel extra-financier du fonds, généralement accessible en PDF sur le site du gestionnaire. L’Autorité des Marchés Financiers (AMF) centralise les documents réglementaires des fonds sur son site amf-france.org. Pour aller plus loin, certains gestionnaires publient des reportings trimestriels détaillant secteur par secteur la contribution aux six objectifs environnementaux. Il est recommandé de consulter ces documents avant toute souscription, et de vérifier la date de mise à jour des données (certains fonds affichent encore des données 2022-2023 non actualisées).
Les obligations vertes sont-elles systématiquement alignées avec la taxonomie ?
Non. Les green bonds (obligations vertes) financent des projets à finalité environnementale, mais tous ne respectent pas les critères stricts de la taxonomie européenne. Les Green Bond Principles, référentiel international volontaire publié par l’ICMA, encadre l’émission d’obligations vertes sans imposer l’alignement taxonomique. Depuis 2023, l’UE a créé le standard European Green Bond (EuGB) qui exige que 100 % des fonds levés financent des activités alignées taxonomie. Un EuGB offre donc une garantie supérieure à un green bond classique. Les 221,5 milliards d’euros d’obligations durables recensés par l’AFG à fin 2024 incluent des green bonds classiques, des EuGB, mais aussi des social bonds et sustainability bonds. La lecture du prospectus d’émission est indispensable pour vérifier le référentiel appliqué.
Un fonds peut-il perdre sa certification ou son label ?
Oui. Les labels (Greenfin, ISR) sont délivrés pour une durée limitée (généralement trois ans) et font l’objet d’audits de renouvellement. Si le fonds ne respecte plus le cahier des charges (dérives sectorielles, non-respect des exclusions, reporting insuffisant), le label peut être suspendu ou retiré. De même, une certification ISO 14001 est soumise à des audits de surveillance annuels par l’organisme certificateur, lui-même contrôlé par l’organisme national d’accréditation. En cas de non-conformité majeure détectée lors d’un audit, le certificat peut être suspendu. Ces mécanismes de contrôle continu constituent précisément la valeur ajoutée de la certification accréditée par rapport à une simple autodéclaration.
Points clés à retenir
Pour synthétiser, voici les 5 principes essentiels à retenir avant d’investir vert :
- La taxonomie européenne (Règlement 2020/852) définit six objectifs environnementaux et le principe DNSH (Do No Significant Harm) pour qualifier une activité économique de durable
- Le marché français de l’investissement responsable atteint 1 322 milliards d’euros à fin 2024, en hausse de 9,2 % sur un an, dont 815 milliards dans des fonds labellisés
- La certification accréditée (Règlement CE 765/2008) garantit la conformité des organismes certificateurs via un système de contrôle indépendant piloté par les organismes nationaux d’accréditation
- Les sept stratégies ISR (exclusion, screening, actionnariat actif, intégration ESG, best-in-class, thématiques, impact) peuvent être combinées pour affiner le profil de durabilité d’un fonds
- Pour vérifier la fiabilité d’un placement vert : croiser labellisation officielle, reporting extra-financier transparent, alignement taxonomie publié, et certification ISO du gestionnaire
